La vie est un
ballet, on ne le danse qu’une fois
L’expression la plus vraie d’un peuple
s’exprime dans ses danses et ses musiques, les corps ne se trompent pas !
Cette année se termine sous un brouhaha de nouvelles alarmantes et de
prédictions désespérantes ! J’ai la sensation d’être prise dans un
tourbillon angoissant et discordant, c’est une véritable cacophonie qui
m’abrutit. Depuis quelques temps, j’ai coupé le son, je respire et je danse, un
minimum d’explications et un maximum de sensations. Entrer dans la danse,
faisons un pas vers les étoiles.
La Danse exprime l’accomplissement du
désir ardent d’union entre deux êtres, mais aussi la jonction entre féminin et
masculin, une polarité qui se trouve à l’intérieur de chacun de nous
Le yin et le yang réunis comme une
harmonie, la terre et le ciel, la nuit et le jour, les ténèbres et la lumière,
la matière et l’esprit. Idée magnifiquement exprimée par Rumi, Poète et mystique
musulman
" Une Main ne peut applaudir sans
le concours de l’autre
Sans la Terre, comment la fleur et
l’arbre s’épanouiraient ils ? Que produiraient alors l’eau et la chaleur du
Ciel ?
De même que Dieu a déposé le désir dans
l’homme et la femme afin que le monde soit préservé par leur union,
Ainsi a-t-il implanté dans chaque
partie de l’existence le désir d’une autre partie.
Le Jour et la Nuit sont ennemis en
apparence mais tous deux en fait poursuivent le même dessein,
L’un et l’autre unis dans l’amour afin
de parfaire leur travail mutuel
Sans la Nuit, la nature de l’homme ne
recueillerait aucun bien et dès lors pour le Jour, il n’y aurait rien à
dépenser. "
Aimer c’est réaliser cette union à
l’intérieur de soi même, source de créativité et source de terribles souffrances
pour qui cherche l’autre en soi et assiste impuissant à son destin
tragique.
C’est cette quête désespérée de Bacon
ou de Rothko qui s’exprime par la violence des sujets traités, l’angoisse
métaphysique. Le mystère de la peinture de Francis Bacon tient à ce que
l’artiste parvient à tirer un peu de beauté de la boucherie qu’est devenue au
XXe siècle l’histoire humaine, ses toiles sont d’implacables variations sur cet
homme " moderne " coupable d’Auschwitz et de Hiroshima, dont il ne
cesse d’interroger la figure. Mark Rothko peintre à l’ambition immense, voulait
selon ses propres mots happer " la tragédie, l’extase et la mort " dans ses
grands panneaux abstraits. Un chercheur d’absolu égaré au milieu des gratte-ciel
de Manhattan ! " Le seul sujet qui vaille la peine est le tragique et
l'éternel. Voilà pourquoi nous revendiquons une affinité spirituelle avec l'art
primitif et archaïque " ce qui évoque pour moi cette phrase de Maurice
Béjart lors de sa chorégraphie du " Sacre du Printemps " sur la
musique d’Igor Stravinsky :
" La danse mieux qu’aucun autre
des arts peut nous livrer l’essentiel des Mythes "
La danse comme l’amour c’est difficile,
exigeant, jamais acquis et souvent instable. Avons-nous besoin de mots pour
exprimer les sentiments ? Un regard, un sourire, un geste, un pas et tout
est dit !
Regardez Sœur Emmanuelle qui vient de
partir, quelle présence, elle était comme un instrument de musique, toutes les
cordes de son corps, de son esprit et de son âme en tension, sonnaient juste,
aucune discordance. Regardez là marcher dans les rues du Caire, elle dansait
avec les pauvres et elle dansait sa vie, au rythme de sa foi, un corps libre
toujours projeté vers l’avant et vers l’avenir. Comment survivre, danser et rire
(disait- elle) parmi les tas d’ordures, au milieu des cafards, des rats,
dévorés par les puces, sans hygiène, quand une odeur infect envahit vos narines,
s’infiltre dans votre gorge, quand la maladie et la mort vous guette à chaque
pas ?
La Danse, le Rire, comment est ce
possible ? Où se trouvent les réponses dans ce temps de désespoir et de
peur ?
" Si tu n’as pas risqué, tu n’as
pas vécu "
" Le risque vous lance et vous
permet le combat "
" La vie est une course d’obstacle,
patience ma belle tu y arriveras "
" La vie c’est un risque, dans ma
vie j’ai toujours choisi le risque, pas de stop, jamais, toujours
avancer "
Face à la foi en la puissance, elle
avait la foi en la croissance, celle de nos propres potentialités, la conviction
d’une croissance en soi et donc en l’autre. La puissance est illusoire, la
croissance durable, cette foi exige du courage, la capacité de prendre des
risques tout en se tenant prêt à accepter souffrance et désillusion. C’est le
témoignage qu’elle m’a laissé :
" Ne jamais rester assis, la vie
est un combat et le " yalla " te lance en avant " Sœur Emmanuelle
Amitiés,
Chantal
Bertrand