En quelques lignes exprimez vous sur la joie ou le soucis d'être Grand-Mère ; faites nous partager vos émotions...

Confidences de Grand Mère
« Cette nuit, l’envie m’est venue d’aller dire bonjour à ma grand-mère. Ce n’est pas la première fois qu’elle me manque, mais je n’avais jamais éprouvé avec autant d’insistance le besoin de la revoir ! Je revois le duo d’amoureux que nous formions durant ces quelques heures qui ont compté dans ma vie…..Je crois que je n’ai plu jamais été aussi heureux ! »Charles Bertin (La petite dame en son jardin de Bruges)
Chère amie,
Lors de notre superbe promenade autour de Bruges en juin, je vous avais conseillé ce délicieux petit livre de Charles Bertin en hommage à sa grand- mère de Bruges. Un moment de grâce et de fête !
Ce sont des moments de grâce et de fête que ces instants où je partage avec un petit fils ou une petite fille, mes passions et lui ses jeux et ses soucis ; mes joies épongent ses peines, ses rires pulvérisent mes contraintes, mes inquiétudes prennent la couleur de ses yeux, émotions intenses et joies de l’enfance partagée.
Nos rencontres sont ponctuées de grands silences et d’échanges aussi sérieux que décousus, c’est à cela que nous partageons la sensation de liberté.
Depuis que je suis grand-mère j’ai ouvert la petite porte en fer rouillée qui donne accès à mon jardin de fantaisie , la clef était bien rouillée et c’est en le tenant par la main que j’ai franchi ce seuil avec l’étrange sensation qu’enfin je pourrais retrouver ces instants de grâce et de fête !
Je ne me suis jamais autant amusée au golf ou dans la piscine et les devoirs de vacances ne sont plus une corvée, jamais je n’avais pris autant de temps à écouter ses injustices à l’école. Quel plaisir à surprendre le matin son regard dans le miroir, plutôt séduisant ! (un charme de latin lover, un sourire d’angelot), que c’est drôle de le voir choisir ses vêtements en évitant soigneusement d’ignorer ceux que j’avais préparés !! Je me demande parfois si je ne suis pas au balcon en regardant passer sous mes fenêtres une Chantal que je ne reconnais pas, si je ne vis pas par personne interposée une deuxième vie avec de nouveaux visages qui reflètent en moi des visages connus et des expressions ancestrales ! J’ai regardé mon avenir chargé de mon passé, de mes bras j’ai construit le pont entre hier et demain, je suis devenue passeur de vie et de mémoire.
Lorsque l’enfant parait, les projecteurs sont braqués sur lui, moi j’éclairais aussi mes enfants devenus parents, je les observais responsables et heureux, mais aussi déjà soucieux et sérieux face à leur responsabilité de parents. Alors ils se tournaient vers moi et je me trouvais pour la première fois à égalité avec eux dans mon rôle de mère, nous allions partager nos expériences et nous accueillerons leurs questions et eux les miennes comme si nous étions de connivence ! Le bonheur d’être grand mère est de voir mon fils ou ma fille devenue père ou mère, quelle joie dans nos rencontres, quelle tendresse et quelle écoute ? C’est une nouvelle partition qui se joue et j’avoue que cette harmonie me séduit.
Harmonie pas toujours ! J’ai appris le silence et la patience et la discrétion , en devenant grand mère, trop en faire, trop en dire, trop demander, trop donner et trop s’investir, trop de conseils et trop de « je sais », l’écueil où la barque de ce jeune couple risque de tanguer.
Qu’est ce que je connais moi qui ne suis que la grand-mère, de leur vie privée, de leurs rêves et de leur non- dit ? Comment oserais je m’aventurer sur leur terrain sans prendre garde à respecter ce que moi-même jeune j’ai essayé de préserver, mon jardin secret, ma famille et ceux que j’ai mis au monde.
J’ai réappris l’humour et la distance avec mes préoccupations quotidiennes. C’est amusant de se regarder un matin dans son miroir, alors qu’est ce qui a changé en moi ? Est-ce la sérénité qui se dégage de la personne ? C’est un rien de malice et de fantaisie, d’insouciance que j’ai découvert au coin de mes yeux ou à la commissure de mes lèvres ! et comme une métamorphose, un lâcher prise, une grande respiration de vie et de folie, bref une grand-mère épanouie !! C’est un grand bonheur que de voir arriver une nouvelle génération, le bonheur que nous les grands parents nous avons encore à construire, à découvrir, voyager, créer ou réaliser un projet longtemps rêvé car l’espace devant nous se rétrécit, n’est ce pas ? Plus resserré aussi. J’ai repris possession de ma vie autrement et de mon corps autrement.il n'y a plus beaucoup de lendemain qui comptent ! Je n’oublie pas les amies Littor’Elles qui ont perdu leur mari, je perçois leur tristesse, je sais leur solitude et je pense à leur joie immense lorsque l’enfant parait !
Qu’en est-il de vos petits enfants ? Comment vous perçoivent-ils ? Quelle grand mère êtes-vous ? Comment vous appellent _ils ? Qu’est ce qui a motivé le choix de votre nom ?
Lorsque j’entends les enfants et petits enfants m’appeler ainsi quelle émotion, j’aime cette distance entre eux et moi, elle renforce nos liens, ce sont les fondations sur les quelles leurs enfants puis les petits et arrières petits construirons leur nid, élèveront leurs enfants ainsi de suite et aussi loin que je puisse l’imaginer continueront à m’appeler ainsi en lisant mes textes, regardant des photos si cela se fait encore ! Ou en s’asseyant dans le fauteuil que j’avais offert à leurs grands parents ! Je passe le relais, je me souviens et à leur tour ils se souviennent et passeront le relais pour que les enfants de leurs enfants se souviennent …
Se souviendront ils, de la magie qui nous entrainait le soir au pied du lit lorsque je racontais une histoire complètement inventée et qui mystérieusement comme une métaphore accédait à l’inconscient et répondait à leur questions et leurs inquiétudes, de la folie qui nous entrainait dans les musées à la recherche d’un héros de leur livre d’histoire ou d’un prophète, de notre fou rire lorsque je cassais une assiette et de leur hâte à le raconter autour d’eux. C’est un cœur d’enfant qui bat à leur unisson et c’est un visage de mamie qui console et qui écoute, c’est mon courage de femme engagée qui les porte et les séduit, ce sont mes mains marquées par le temps qui les conduit et les avertit, ce sont mes idéaux et mes rêves qui leur montre que jamais je ne renonce et ce sont mes temps de repos et de silence qui révèlent mon jardin secret.
La laïcité à la française se révélant à la longue porteuse de déshérence voire d’effacement, c’ mon opinion personnelle et n’engage que moi ! Peut être serait il temps de se refaire une mémoire ou de se rafraichir la mémoire. Un devoir de mémoire auquel je suis attachée et qui constitue la richesse des générations passées. C’est d’autant plus urgent que l’enfant se retrouve seul dans l’univers médiatique. Comment oser un jugement ou même un soupçon de doute lorsqu’autour de lui grouillent des appels à se fondre dans la masse ? Lorsque sans cesse il est sollicité par annonces en tous genres et inondé d’informations. Comment fera t il le tri ? Ces enfants sont entrés dans l’ère de l’égoïsme du bien être et face à eux se dresse comme une immense montagne la foi du mal être ! L e fil que nous tissons ensemble à chaque rencontre est plus solide que les réseaux ou les connexions sur Internet. Est-ce que je suis l’oreille attentive et vigilante, intriguée lucide et inventive, évitant si possible la ringardise, les rengaines ou les histoires de famille sans cesse rabâchées ! L’avenir me le dira…Si je leur transmets un soupçon de grâce sur un air de fête, je serai comblée.
« Parce que même si cela nous épuise nous sommes touchées, émues par ces nouvelles vies, elles sont notre avenir ... » Geneviève Génia
« Thérèse-Augustine du temps que vous étiez vivante, une grâce initiatique personnelle vous avait accordé le pouvoir d’entretenir commerce avec les puissances de l’invisible. Depuis que vous avez quitté le monde des hommes, votre mémoire a continué de briller en moi comme une petite lumière …On vous a reproché de prendre vos illusions pour des réalités, mais c’est à force de faire une réalité de vos désirs que vous m’avez enseigné la poésie » C.Bertin